Dans sa tension vers une fusion généralisée (1) Lygia Clark
vise à l'élimination de la séparation entre le corps et ce qui l'entoure, à commencer naturellement par son propre corps, qui
se prolonge donc dans l'espace. Dès lors, partant de ce processus, Clark en vient à l'idée d'analyser les réactions du corps
comme si on pouvait les observer de l'extérieur. Plusieurs parmi les objets qu'elle a crées s'appliquent parfaitement aux
formes du corps humain, mais s'adressent à un corps autre, favorisant la transmission de sensations. L'artiste cultive
également l'idée d'isoler une partie du reste du corps, pour amplifier les sensations reçues et transmises -Dialogue de
mains, œuvre en collaboration avec Hélio Oiticica, Respire avec moi, qui concentre toute l'attention sur sa propre
respiration et celle des autres au moyen d'une simulation assez élémentaire, Pierre et air, etc. (toutes de 1966).
Lygia Clark veut créer un langage du corps qui soit en relation avec un corps humain réel, à travers ses caractéristiques
physiques élémentaires (texture, poids, température, dimensions). Pour y parvenir, elle utilise dans ses œuvres n'importe
quelle matière non rigide, capable de recréer un élément organique ou une sensation physique : sachets en plastique remplis
d'eau ou d'air, coussins, pierres, gomme, filets, etc.. Il n'y a là nulle tentative de représentation du corps, le but de
l'artiste étant plutôt d'établir un contact, une relation, une communication.
1 - Jean Clay, Lygia Clark, Fusion généralisée, Robho, n° 4, 1968, pp. 12-15. |