Matthieu Saladin
Lancement & performance

samedi 6 mai 2017
de 17h à 20h

Synesthésie
1 place du Caquet 93200 Saint-Denis


La capture de l’inaudible
La capture de l’inaudible propose de remettre ce que nous élaguons et plaçons en périphérie par soucis d’efficacité et de simplification, au centre de nos usages. Elle invite en cela à une réflexion esthétique, mais également sociale et politique.

Calendrier des révoltes 2017
Lancement du calendrier 2017, où les information habituelles relatives à chaque jour laissent place à l’unique mention d’une révolte ayant eu lieu ce même jour.
En collaboration avec Bonjour Monde

La performance et le lancement seront suivis d’un moment convivial ouvert à toutes et tous.



Matthieu Saladin, The audiences, once silent, began to use their tongues, 2016


La capture de l'inaudible

La capture de l'inaudible est à ce jour une performance qui consiste en la lecture d’un texte sur l’inaudible intégralement constitué de citations, mêlant la présentation de son propre protocole, la description technique des algorithmes de compression qui constituent la technologie du MP3, des réflexions sur les enjeux politiques des tentatives de renégociations de l’inaudible dans le champ social (minorités), le fétichisme des sons se situant en-deçà du seuil de l’écoute de l’oreille humaine dans l’histoire des musiques expérimentales, des études culturelles sur le MP3, le silence des sirènes, le gouvernement des sens par les technologies d’anticipation, les différences entre entendre et percevoir, la privatisation de l’espace public, mais aussi son contrôle et la normalisation des comportements y ayant cours, etc.
Cette lecture (25 minutes) est simultanément enregistrée sur un appareil visible du public. A son terme, l’enregistrement est traité via un codec (outil provisoire issu d’un premier temps de recherche) et diffusé dans son intégralité devant ce même public. La lecture se double ainsi de son versant inaudible. Plus qu’un glissement du sens vers l’expérience sensible, c’est une problématisation de leur articulation, du point de vue de l’inaudible, qui s’opère entre les deux « parties ».

Ce projet vise à problématiser la notion d’inaudible dans nos sociétés actuelles.
D’une part, l’inaudible est ici compris au sens de ce qui appartient au royaume des sons ne pouvant être entendus car se situant en-deçà ou au-delà du spectre audible par l’oreille humaine, ou bien masqués par d’autres sons plus forts émis simultanément ou presque.
D’autre part, l’inaudible renvoie à ce qui excède l’écoute, sinon l’entendement d’un groupe, d’une communauté, voire d’une société, en tant qu’il est construit socialement, culturellement et historiquement, autrement dit à ce qui ne peut être entendu car demeurant inintelligible pour ce groupe, cette communauté ou cette société, et selon, là aussi, des effets de seuils et de masques.
À l’acception phénoménologique de l’inaudible s’adjoint ainsi une acception politique, sans que l’on puisse en réalité tracer une frontière nette entre l’une et l’autre, notamment dès lors que l’on aborde l’écoute en tant que sens pris dans des dispositifs (du reste comme tous les sens), qui l’agencent de manière stratégique, la façonnent techniquement, juridiquement, historiquement et socialement, soit une écoute “appareillée” quand bien même celle-ci ne serait munie d’aucune prothèse visible.


Matthieu Saladin est en résidence à Synesthésie en 2017-2018.

Ce temps de recherche est une invitation à prolonger le développement de cette recherche, Synesthésie affirme sa volonté de contribuer à de nouvelles formes de lectures et d’usages de nos outils. La capture de l’inaudible participe, entre autres choses, à une reprise de conscience par la création et l’expérimentation, de l’usage de nos outils numériques, et contribue à une ré-appropriation et une re-politisation des outils dont l’usage quotidien est rendu automatique et quasi-inconscient.
La capture de l’inaudible propose de remettre ce que nous élaguons et plaçons en périphérie par soucis d’efficacité et de simplification, au centre de nos usages. Elle invite en cela à une réflexion esthétique, mais également sociale et politique.

À terme, La capture de l’inaudible sera composée d’un logiciel libre et open-source, d’une webapp et d’une édition co-produite par le label Art Kill Art, partageant les éléments de recherches de l’œuvre. Cet ensemble, exceptée la publication papier, sera hébergé et accessible gratuitement sur les sites de Synesthésie.

La résidence de Matthieu Saladin bénéficie du soutien du DICRéAM.


Biographie

Matthieu Saladin est artiste et musicien.
Sa pratique s’inscrit dans une approche conceptuelle de l’art, réfléchissant, à travers un usage récurrent du son, sur la production des espaces, l’histoire des formes et des processus de création, ainsi que sur les rapports entre art et société du point de vue économique et politique. Elle prend aussi bien la forme d’installations et de performances que de publications (livres, disques), de vidéos et de créations de logiciels.
Il est également maître de conférences en arts plastiques à l’université Paris 8, membre de l’équipe TEAMeD au sein du laboratoire Arts des images et art contemporain (AI-AC). Sa recherche théorique porte principalement sur les arts sonores et les musiques expérimentales.
Il codirige la collection Ohcetechoaux presses du réel, participe aux comités de rédaction des revues Volume! et Revue et Corrigée, et est directeur de rédaction de la revue de recherche TACET.
Son travail est représenté par la galerie Salle Principale.
www.matthieusaladin.org