GUEULE D'AMBIANCE
Arnaud Labelle-Rojoux
Mon tiercé : La Fontaine,
Pascal et Walt Disney.
Arletty 1
La Vénus de Milo, les Apollons, le
Parthénon, la Sixtine et toutes les fugues
de Bach, je les donnais pour une
seule et triviale plaisanterie,
prononcée par des lèvres fraternisant
avec l'avilissement, des lèvres avilissantes.
Witold Gombrowicz.
On pourrait, à propos de la musique de Xavier Boussiron,
lâcher la formule néo-magrittienne : ceci n'est pas
de la musique. Voilà qui aurait l'avantage de situer d'entrée
de jeu l'analyse critique hors de la stricte sphère musicale,
dans le domaine visuel, voire conceptuel. La trouvaille est un peu
maigre, malgré tout. Car à moins d'être sourd
comme un pot, il semble difficile de déclarer de la musique
de Xavier Boussiron qu'elle n'en est pas (c'est là son moindre
défaut!), même si, en raison de son apparence frivole,
elle frôle constamment la séduction la plus basse,
une séduction perverse de sentimentalité dégoulinante,
peu propice, on l'imagine, à sa reconnaissance par la modernité
ircamoïde. Pourtant, que l'on parle à son propos de
" musique d'ameublement " (ce n'est guère pertinent),
d'ambient Music (c'est à peine mieux) ou de Muzak Pop déglinguée
(ce serait le moins faux) n'y change rien : légère
ou pataude, inspirée ou non, savante ou populaire, Music
is Music is Music... (" Bonne ou mauvaise, une peinture est
toujours une peinture " disait, fine mouche, Duchamp). Tout
est ensuite affaire d'éclairage, d'angle d'attaque, de contexte.
La métaphysique peut même pointer son oreille musicale
si ça lui chante ... A Rose is A Rose is A Rose ...
Là où les choses se compliquent, c'est que cette musique
ne fait pas de Xavier Boussiron un musicien... Eh, non! Est-ce bien
surprenant ? Pas vraiment : si l'habit ne fait pas le moine, mon
curé chez les nudistes est forcément à poil,
comme tout le monde. Bref, rien n'est plus trompeur qu'une apparence,
laquelle, par nature, ne définit jamais avec certitude qu'elle-même....
Boussiron, donc, n'est pas un musicien, malgré sa guitare
électrique et son faux air de Billy Fury... Est-ce une quelconque
question de " qualité "? Bien entendu, non. Sa
musique est beaucoup plus qu'estimable (elle cumule pour moi les
vertus évocatrices de Nino Rota, en plus trouble, et la profondeur
spatiale de Phil Spector, le vertige technologique en moins - quoique
certains passages de morceaux récents composés et
arrangés avec Stéphane Bérard donnent parfois
l'impression d'être une sorte de Stockhausen allègre
dissout dans un flux sonore bricolé par un Raymond Scott
" garage "!), mais à chacun son boulot : Xavier
Boussiron est un artiste, voilà tout. Un artiste, - au sens
moderne du terme, s'entend - et pas un musicien (toutes catégories
confondues). Ce qui veut dire? Que ses uvres ne relèvent
pas de genres ou de techniques spécifiques (quelles qu'elles
soient), mais participent d'un propos esthétique singulier.
Les genres et techniques sont aujourd'hui pour l'artiste illimités
et sans hiérarchie (la peinture vaut la chanson - et vice
versa - ; une crotte de nez, le marbre de Carrare ; une promenade
en forêt, un champ de paratonnerres), au service d'une pensée
de l'art originale, laquelle, on le sait, inclut, dans bien des
cas, sa négation même.
Mais revenons,
quelques instants, à la musique...
écouter
Sleazy
listening, de Xavier Boussiron
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