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Esther
Gerz : Il n'était pas facile de participer
à un tel projet. Mais ce qui nous a convaincu c'était
la présence parmi le jury de personnalités comme Madame
le Docteur Heidemarie Uhl de l'Institut pour l'histoire contemporaine
ou le Colonel Manfred Oswald. Ils avaient réuni une telle somme
d'informations sur les crimes de guerre depuis des dizaines d'années
que nous aurions eu mauvaise conscience de refuser.
Jochen Gerz : L'oeuvre devait être placée dans un lieu privé mais qui devenait public du fait du passage de 10 000 personnes par an ce qui représente un bon nombre de visiteurs même pour un musée. Donc, nous avons décidé de remettre à l'armée ce mémorial et de fonder un nouveau rituel... Robert Fleck : A première vue, les textes des drapeaux sont des phrases choc, mais en même temps ils donnent une description directe de ce qui s'est passé au Feliferhof entre 1941 et 1945. Jochen Gerz : Quant on est dans une école d'art, on n'imagine pas trouver sur un terrain de tir un tel lieu d'horreurS SCe travail correspond à un dispositif d'alarme, il n'existe pas si personne n'exécute le rituel ; il dépend donc d'une activité, dans ce sens il correspond aux Oies Du Capitole de la Rome antique car il est quelque chose de vivant qui prend la fonction d'un système de pré-alerte. Ce que nous délégons normalement à des objets se trouve à l'intérieur même de l'homme. Le jour où se produira un changement politique en Autriche ce travail ne sera plus supportable, il disparaîtra. Jochen Gerz: Paradoxalement, des termes comme tradition, discipline, courage, sacrifice et obéissance sont présents dans toute armée. Mais ils apparaissent aussi dans le contexte de la barbarie, de la dictature, de la torture et de l'assassinat. Notre proposition tourne autour de ce paradoxe. Le commandant de Styrie, le divisionnaire Manner, disait récemment "Mais vous ne nous facilitez pas la tâche", sur ce, nous lui avons répondu "Vous non plus, vous ne nous l'avez pas facilitée !" |