Conférences
- Journées du patrimoine 2009 : Aubervilliers capitale situationniste
- "Etat des lieux des arts en réseau"
- "Corps réel / corps virtuel : une question en mouvement"
- Les événements autour de l'exposition "Manières de fluer"
- Contre l’art global
- Anne-Marie Morice, "Au creux de l'obscur"
- Avatars : entre réalité et virtualité, quelle est notre véritable identité ?
Journées du patrimoine 2009 : Aubervilliers capitale situationniste
Rencontre-débat entre Yan Ciret et Didier Daeninckx
organisée par la ville d’Aubervilliers en partenariat avec l’association Synesthésie
à El Hogar de los Espanoles, le samedi 19 septembre 2009 de 15h30 à 17h30
« Il faut construire l’Hacienda »
Ivan Chtcheglov,
de l’Internationale Lettriste, Formulaire pour un urbanisme nouveau
L’un des mystères, les mieux gardés de l’art moderne, est qu’Aubervilliers a été l’une de ses capitales, parmi les plus importantes. Un lieu fondateur pour la dernière des grandes avant-gardes historiques, faisant la liaison entre projet esthétique et utopie politique. Les révoltes de Mai 68 n’auraient pas été cette révolution de l’imaginaire social, du soulèvement de la jeunesse, et des grèves ouvrières, si la future Internationale Situationniste ne s’était créée à Aubervilliers, sous le nom choisi par Guy Debord de « Conférence d’Aubervilliers ».
La naissance de l’Internationale Lettriste, future Internationale Situationniste, le 7 décembre 1952, a trouvé ses bases, son manifeste, avec cette « Conférence » réunissant quatre jeunes marginaux de génie, Serge Berna, Jean-Louis Brau, Guy-Ernest Debord, Gill J Wolman. Depuis que le Ministère de la Culture a consacré l’oeuvre de Guy Debord « trésor national » par un paradoxe de l’histoire, la ville d’Aubervilliers voit ressurgir une aventure stupéfiante, un pan méconnu de son rôle dans le XXe siècle. Ce manifeste, écrit sur un papier quadrillé, puis roulé dans une bouteille sera jeté dans le Canal Saint-Denis, à proximité du quartier de la Petite Espagne. Le lendemain, Jean-Louis Brau l’un des signataires, chez qui ce brûlot fut rédigé, - et fils de Louis-Emile Brau, grand résistant, qui fut un adjoint de Charles Tillon à la Mairie d’Aubervilliers -, retourne sur le lieu même pour récupérer cette bouteille à la mer de la révolution. Ce document aujourd’hui figure à la même place que les manifestes de Marx ou des dadaïstes et de Breton pour les surréalistes.
Cinq ans plus tard, en 1957, Guy Debord fondait L’Internationale Situationniste en Italie. La « Conférence d’Aubervilliers » fut donc la date originelle d’un événement qui a ouvert sur un nombre foisonnant de pratiques, de gestes plastiques, de formes de vie, d’idées novatrices : l’invention d’un nouvel urbanisme, le dépassement des arts dans la vie, la « construction consciente de nouveaux états affectifs », la dénonciation du Spectacle, la solidarité avec les classes exploitées et avec les luttes anticoloniales. Pendant plusieurs années, les lettristes puis les situationnistes viennent régulièrement à Aubervilliers faisant de cette commune l’une des capitales du Situationnisme au même titre que Paris, Hambourg, Amsterdam, Londres, Venise. Ils y pratiquent « la Dérive », « la Psychogéographie », « la Construction de situation », se lient avec les anciens républicains de la Guerre d’Espagne, les Kabyles qui forment une partie du mouvement. L’exploration d’Aubervilliers donne libre cours à des expériences de reconfiguration architecturale de la ville. Elle entre dans une mythologie où changer la vie et changer le monde fusionnent, avec Rimbaud et Marx pour viatique. Ils inventent des modes de vie expérimentaux, au fur et à mesure qu’Aubervilliers se découvre et devient le territoire de leurs parcours hors normes. Ces activités ne cessent, aujourd’hui, d’influencer les plasticiens et les
philosophes du politique, à travers le monde.
Au cours de la rencontre du 19 septembre Yan Ciret reviendra sur cette histoire encore peu étudiée par les
spécialistes des avant-gardes et que l’écrivain américain Greil Marcus appelle dans son célèbre ouvrage Lipsticks Traces : « la véritable histoire secrète du XXe siècle ». Avec « Aubervilliers capitale situationniste », Yan Ciret présentera des documents visuels et sonores, des cartes de « dérives psychogéographiques », ces trajets aventureux qui traversaient l’urbanisme pour le transformer ; il nous permettra de découvrir ce qui a poussé ces jeunes intellectuels, en rupture de ban, à venir de Saint-Germain-des-Prés pour sillonner Aubervilliers et en quoi ces « Dérives » ont marqué l’histoire du Situationnisme et de la pensée contemporaine.
En écho, l’écrivain Didier Daeninckx qui vit à Aubervilliers et qui a inclus l’histoire de la ville et du département
dans nombre de ses livres dressera une perspective plus large de l’histoire locale à cette époque, en convoquant et croisant les destins des réfugiés républicains espagnols, de la styliste Madeleine Vionnet et du sculpteur Patrice Cadiou avec ceux des jeunes fondateurs de l’I.L.
Yan Ciret est critique, essayiste, il collabore aux revues « art press », « Le Magazine Littéraire », « Mouvement
», « Les Inrockuptibles », « L’Infini » et « nonfiction » ; producteur à France-Culture, il est aussi commissaire
d’exposition, notamment pour la vaste rétrospective « Après la fin de l’art (1945-2003) » au Musée
d’art moderne de Saint-Etienne, en 2004. Il coordonne le catalogue Figures de la négation – avant-gardes du
dépassement de l’art en 2005. Il est l’auteur de plusieurs livres et essais dont Chroniques de la scène-monde,
éditions La Passe du Vent, en 2000 et dernièrement, avec Mirella Bandini, il publie Le mythe situationniste de
la ville, en 2008. Il travaille actuellement avec le Centre Beaubourg et a été lauréat de la Villa-Médicis-Hors-
Les-Murs.
Didier Daeninckx est écrivain français, auteur de romans noirs, de nouvelles et d’essais, en tout une centaine
d’ouvrages basés sur la mémoire historique et un travail de documentation important. En 2009 il a publié Missak
(Éditions Perrin), Jaurès : non à la guerre ! (Actes Sud) , L’enfant de l’Affiche rouge, dessins de Laurent
Corvaisier, (Rue du Monde), Nos ancêtres les Pygmées, dessins de Jacques Ferrandez, (Rue du Monde), La
rumeur d’Aubervilliers, (Le Temps des Noyaux) et L’Affranchie du périphérique, (Éditions de l’Atelier)
Informations pratiques :
El Hogar de los Espanoles
10 rue Cristino Garcia,
93210 La Plaine-Saint-Denis
RER B/La Plaine-Stade de France
PLAN D'ACCES AU HOGAR
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Collectif Veg@
YAN CIRET