Expositions

LAb[au], Flux, Binary Waves

Interludes 2008 (internet, vidéo projection, système son, 2008)

Jérôme Joy

Interludes 2008 (internet, vidéo projection, système son, 2008)

Jérôme Joy

Interludes 2008 (internet, vidéo projection, système son, 2008)

Jérôme Joy

nocinema webcams map, 2008 (copyright google maps)

Jérôme Joy

LAb[au], Flux, Binary Waves

LAb[au], Flux, Binary Waves

LAb[au], Flux, Binary Waves

Interludes 2008 (internet, vidéo projection, système son, 2008)

Jérôme Joy

Interludes 2008 (internet, vidéo projection, système son, 2008)

Jérôme Joy

Interludes 2008 (internet, vidéo projection, système son, 2008)

Jérôme Joy

LAb[au], Flux, Binary Waves

Manières de fluer, 2008

Exposition-parcours présentée par Synesthésie du samedi 20 septembre au dimanche 23 novembre 2008, dans le cadre de la Biennale Art Grandeur Nature 2008
Vernissage le mardi 23 septembre à partir de 18h

Voir les pages des artistes :
LAb[au] : fLUX, Binary Waves sur les berges du canal de Saint-Denis
Jérôme Joy : Interludes 2008 à l'Espace Synesthésie
Marie Preston : installation Plaine - Sans tête au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis




  • LAb[au]
  • Jérôme Joy
  • Marie Preston


  • « Pourquoi ai-je recours à la notion de « manière » et plus précisément à la notion de « manière de fluer » ? C’est une nécessité dans la théorie du rythme que j’essaie de construire. Nous ne sommes plus dans un monde organisé en structures ou même en systèmes, ni d’ailleurs dans un immense océan,sillonné de flux erratiques, où les individus ne seraient plus que de petits tourbillons éphémères.
    Ce que nous percevons comme flux est en réalité organisé par des rythmes (pris au sens large de manière de fluer) – et c’est, du reste, pourquoi les individus singuliers et collectifs continuent à exister. La question est donc de savoir distinguer à leur tour ces rythmes qui organisent l’individuation singulière et collective. »

    Pascal Michon / Entretien dans Théoriques 1 (Synesthésie Editions).

    Dans son récent essai, le philosophe Pascal Michon propose le terme de « manière » et l’oppose à celui de « style » pour qualifier la qualité de l’engagement artistique individuel et la singularité de chacun. Selon lui, le concept de style serait à placer du côté de l’économie « de l’individuation bourgeoise du 19e siècle » alors que celui de manière implique « l’expérience de la production et de l’échange artistique ».
    Quant au verbe fluer, - du latin fluere couler-, il renvoie aux actions de couler, se répandre et offre un éclairage particulier sur les notions contemporaines reliées au mot « flux ». Ce mot a connu des sens divers au cours de l’histoire. Terme d’abord médical, indiquant les humeurs qui s’écoulent des parties du corps, il devient vite métaphorique évoquant l’état de liquidité et de légèreté d’une chose allant vers une direction. Dans le mot flux se mélange donc à la fois dématérialisation, imprévisibilité, instabilité et rassemblement, continuité, cohésion.
    Dans les années 1960, le mouvement fluxus a donné au terme une valeur de manifeste pour réclamer plus de fluidité, de circulation, d’interdisciplinarité, d’ouverture dans les pratiques artistiques et sociales de cette époque.
    En ce début de 21e siècle, le mot flux est devenu un concept incontournable dans le domaine des activités sociales ou physiques. Le monde fluide se gère plus facilement. On administre des flux , on optimise le traitement de leurs informations, on les interface avec d’autres flux. Le terme sert à qualifier différents types d’ensembles dont la valeur s’accroît avec le mouvement tels les transports, l’économie, l’information, les matières premières, etc. Actuellement, il est fréquemment employé pour traduire l’image d’un mouvement de circulation ou d'éléments (informations / données, énergie, matière, ...) évoluant dans le même sens. L’idée de fluidifier implique celle de compacter et de relier par des interdépendances très fortes qui créent des agrégats. Lesquels peuvent résister à la fluidification, voire se retourner contre elle.
    Manières de fluer, titre générique de cette exposition, associe ces deux notions pour rendre perceptible la « manière » artistique de proposer des rythmes d’individuation dans le continuum urbain. Les expériences qui nous sont proposées peuvent nous amener à mieux percevoir comment s’organise la fluidification de notre environnement et ce qu’expriment les choix individuels de déplacements.
    Que ce soit sur le territoire de la ville de Saint-Denis, ou dans l’espace globalisé de l’internet, les trois artistes présentés dans cette exposition nous donnent à voir comment avec de nouveaux outils de représentation s’opère une mise en forme originale du monde contemporain, à la mesure de ses transformations profondes. On perçoit par quels processus les procédures de symbolisation de ce nouveau monde se mettent en place. Alors qu’on a l’impression que les personnes sont de plus en plus dirigées, l’un des enjeux de l’œuvre d’art ne pourrait-il pas être de restituer, par notre faculté de la ressentir de façon subjective, la maîtrise de notre expérience du monde ?

    Les trois installations proposées investissent trois sites de la ville de Saint-Denis. Mises en réseau dans une exposition-parcours, elles renvoient elles-mêmes aux notions de déplacement, d’itinéraire et de projets tout en les confrontant à certaines aspérités nécessaires, celles qui sont produites par l’heureuse conjonction de la singularité de l’artiste et de son rapport à l’espace public.
    Immersion pour LAb[au] qui présente au bord du canal une de ses plus belles installations produites à ce jour. Le collectif belge a procédé par « confluence » en faisant de l’installation fLux, Binary Waves un medium détenteur du pouvoir d’orchestrer et de restituer l’effervescence de « l’espace scénique urbain » de ce quartier dyonisien extrêmement dense qui porte par un hasard inespéré le nom de Gare-Confluence. 90.000 passages d’humains seraient enregistrés chaque jour sur ce site. Au-delà du raffinement plastique de ses modules bifaces, l’œuvre est conçue pour osciller et entretenir une interaction perpétuelle avec les personnes et les objets techniques, acteurs de la mobilité dans cet espace urbain en pleine transformation. Programmée pour entrer dans des correspondances cinétiques, lumineuses et sonores, avec les différents rythmes de la mobilité urbaine, sa singularité naît de l’autonomie que ses créateurs lui ont donnée et de sa capacité à s’auto-complexifier. Parallèlement à sa réalisation, un travail de fourmi a été déployé pour créer autour de ces objets poétiques un réseau bienveillant d’appropriation par les usagers du site et plus largement du département.
    Jérôme Joy, à la manière d’un VJ, crée des séquençages en sélectionnant des fragments d’images en mouvements, pour les associer à des créations sonores. Mais c’est dans les enregistrements automatisés du spectacle planétaire, ou plutôt du non-spectacle, qu’il puise pour créer la scène virtuelle de ses Interludes (2008) qui sont présentés à l’Espace Synesthésie. Cette installation produit un effet de coprésences infinies qui nous entraînent dans le grand flux du monde réagencé par l’artiste.
    Marie Preston, au Théâtre Gérard Philipe, suit le fil d’une légende fondatrice de l’identité de la ville. Un fil ténu, corrélé à la réalité actuelle par une reprise des postures fondatrices du mythe du saint Denis : la marche et le geste de porter au niveau de la taille. Dans la vidéo Plaine la caméra tenue par l’artiste, contre elle, comme son bien le plus précieux, ses yeux, se laisse entraîner dans des promenades guidées. Les accompagnateurs font appel à leur mémoire pour raconter des histoires quotidiennes dont les repères s’effilochent dans les paysages en mutation. La tête du saint sans tête a été remodelée dans la terre glaise par des passants sur le parvis de la Basilique, cent têtes résultent de cet acte d’appropriation. Elles créent une présence entêtante dans l’exposition.
    Ces projets artistiques, en prise avec la façon de vivre l’espace public, ouvrent une brêche dans un monde en apparence affranchi de tout obstacle faisant entrave à sa liberté mais qui a également sophistiqué ses modes de contrôle et de ségrégation. De tout cela aussi parlent l’art et les artistes de Manières de fluer.

    Anne-Marie Morice

    Pascal Michon est l’auteur de Les Rythmes du politique. Démocratie et capitalisme mondialisé, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007.

    Télécharger le Dossier de presse
    La Biennale d'art contemporain Art Grandeur Nature, « Zones Urbaines Partagées », est organisée par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis en partenariat avec Synesthésie à Saint-Denis, le Forum de Blanc-Mesnil, Khiasma aux Lilas, Périphérie et Les Instants Chavirés à Montreuil, La Galerie à Noisy-le-Sec, avec la participation du Ciné 104 à Pantin.